43,8 km – 2970 D+ et pas moins de 6h02 d’effort. Kiki Jornet lui se l’est envoyé en 3h45, mais loin de son record démentiel (3h30).

En toute humilité, voici mon MMB, tout en RHAJ (Référentiel Horaire Arrivée Jornet)

RHAJ – 3h45. A 7h pile, alors que les 2000 coureurs du MMB s’élancent dans les ruelles du centre-ville de Chamonix, je me dis que je suis peut-être un peu trop décontractée vu ce qui m’attend. Que ça soit le sac (protoype Millet conçu par Yoyo #unpeudecomm), le tee-shirt, les gels, les barres, la boisson énergétique, la casquette, tout sent encore le magasin, tout est neuf et/ou jamais testé. Inch’allah ça va le faire quand même.

RHAJ – 2h52. Km 10, Argentière. Je me vautre comme une merde sur un chemin plat. Je fais semblant que j’ai pas mal mais je grimace, même que j’ai peut-être une ou deux larmichettes (aka syndrome Benoît Hamon).

RHAJ – 2h. Alors que Kiki arrive bientôt en haut des Posettes, je déboule à peine à Vallorcine au km 18. Il s’est mis à pleuvoir fort, ça m’a donné grave envie de faire pipi. Je suis obligée de m’arrêter, ça m’énerve. Ma team ravito, trempée, m’attend avec tout ce qu’il faut. J’oublie de dire merci en repartant.

RHAJ – 1h05. Sommet des Posettes, km 24. J’ai un peu froid dans le brouillard, mais surtout j’ai la tête qui tourne, l’envie de vomir, ça dure dix bonnes minutes. Je suis pourtant montée tranquillement. Je ne sais pas si c’est la chute, la montée en altitude ou le rhum que mon père a mis dans ma gourde. Dans la descente, je suis hyper trop prudente. Au mieux des mecs me doublent par paquets, au pire ils s’agglutinent derrière moi, ça me fout la pression. Bande de suiveurs.

RHAJ + 1’. Kiki vient d’en finir, triomphant. J’arrive au km 31 et là surprise, toute la mifa est là alors que ce n’était pas prévu. J’exulte, leur présence me fait un bien fou. Mais ça ne dure pas, j’apprends que mon frère s’est blessé et a abandonné. Comme je suis une babtou fragile, j’éclate en sanglots une fois repartie. Je sais que le plus dur arrive.

RHAJ + 1h25. Je ne comprends pas. On approche du km 35, et je n’ai toujours pas explosé. Adèle du TTP est revenue sur moi. Je m’accroche. Soudain, j’entends une grosse voix qui hurle à travers la forêt, exhortant les coureurs à ne pas lâcher, que le ravito est pour bientôt. Elle me regonfle à bloc car j’entends distinctement l’accent chantant des Vosges dans ces douces tirades. A la sortie de la forêt il est là mon papa ! Il tire dré dans le pentu et arrive avant moi à la Flégère pour me ravitailler une dernière fois. Je viens de doubler la 14ème femme.

RHAJ + 2h14. La ligne d’arrivée est dans 400 mètres. Les jambes sont lourdes, la montre indique les 6h de course, je beugle un peu. Ma mère m’encourage de toutes ses forces en courant à mes côtés : « t’inquiète, j’ai relu le règlement, j’ai juste pas le droit de te toucher ou de te donner un truc ! ». Une de ces vétéranes coriaces fond sur moi, je n’arrive pas à la suivre. L’ambiance est ouf, les gens tendent leurs mains, clap clap clap, high five pour tout le monde ! Je passe la ligne en bondissant et tape la cloche tout sourire, top 15 ! Mon frère est là, le genou en vrac. Ma maman est toute émue, mon amoureux aussi. Le soleil se découvre enfin sur le Mont-Blanc, c’est beau, intense et indescriptible. Je chiale pour la dernière fois de la journée.